Nadjo Kaïna :  « La liberté d’expression et le droit de manifester posent problème au Tchad »

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Nadjo Kaïna :  « La liberté d’expression et le droit de manifester posent problème au Tchad »

 Depuis plusieurs mois, les acteurs de la Société civile et les défenseurs des droits humains font l’objet d’une forte répression au Tchad marquée par une série d’emprisonnement. A la faveur de sa participation à la dixième édition du Forum mondial des médias en juin dernier, l’ancien leader étudiant et chef de file de la campagne « Tournons la page » et Porte-parole du Mouvement citoyen Iyena, Nadjo Kaïna s’est prêté aux questions de notre envoyé spécial. Il fait un état des lieux de la situation qui prévaut au Tchad et en appelle à la mobilisation contre les privations de libertés dans le pays.

Droits Humains Infos : Quel état des lieux faites-vous de la situation actuellement au Tchad ?

Nadjo Kaïna : Je crois que par rapport à l’état des lieux de la situation qui prévaut actuellement au Tchad, au début des années 90 quand le Président Idriss Déby prenait le pouvoir, il a clairement dit au peuple tchadien « je ne vous apporte ni or, ni argent mais la liberté rien que la liberté ». Le Tchad sortait des affres de la dictature de Hissène Habré qui avait causé environ 40.000 morts. Le peuple tchadien avait accueilli le discours de Déby avec beaucoup d’optimiste croyant que c’est le vent du changement qui soufflait sur le Tchad. Mais, aujourd’hui, triste est de constaté qu’après vingt sept ans de règne, Idriss Déby commence à refaire les mêmes choses que l’ancien président Hissène Habré. Depuis sa prise de pouvoir il y a vingt sept ans, le président Déby n’a jamais autorisé une seule marche pacifique de l’opposition ou de la Société civile sauf s’il s’agit de marches ou folklores du parti au pouvoir ou de partis alliés ou bien des marches de soutien à son parti. Donc, c’est pour vous dire que le Tchad vit dans une situation de Démocratie enveloppée dans la dictature.

Il s’observe depuis quelques mois une certaine répression à l’encontre des défenseurs des droits de l’homme et de la Société civile. Qu’est-ce qui explique cette situation ?

Comme je le disais tantôt, Idriss Déby répète aujourd’hui les mêmes erreurs que Hissène Habré. Quand, dans un pays dit démocratique et de droits, on enlève des leaders de la Société civile, on les séquestre, on les torture, ils n’ont ni accès à leur avocat ni accès à leur famille pendant des dizaines de jours, je trouve que c’est revenir carrément sous le règne de la dictature que nous avions combattu. La répression est actuellement intense, il n’y a pas la liberté d’expression, la situation est intenable pour les leaders de la Société civile. Aujourd’hui, la question de la sécurité, de la liberté d’expression et le droit de manifester au Tchad pose énormément de problème. Et nous sommes amenés à dire aujourd’hui que le Tchad retombe dans la dictature.

Face à cette situation qui vous a déjà conduit en prison à plusieurs reprises, quelles sont vos attentes ?

Nous appelons les forces vives de la Nation en l’occurrence les jeunes, les syndicats, les organisations des droits de l’homme, les mouvements estudiantins, les diplômés sans emplois, les technocrates…à prendre conscience et à s’unir face à cette situation, face à cette dérive dictatoriale. Cette situation ne peut pas perdurer étant donner que c’est l’avenir du Tchad, de sa jeunesse qui est aujourd’hui en jeu. Aujourd’hui, la jeunesse tchadienne vit dans la désillusion totale avec un avenir hypothéqué. Seule l’union de toutes ces forces vives de la Nation pour dire non à Déby pourrait changer la situation. Parce que pour nous aujourd’hui, Déby est arrivé à un niveau où il n’a plus de proposition à faire au peuple tchadien. Sa priorité aujourd’hui, c’est soigner son image à l’international, se présenter comme quelqu’un qui combat le terrorisme, un gendarme de l’Afrique. Alors qu’en réalité, la situation à l’interne est plus grave. Aujourd’hui, Déby ne contrôle plus rien. La situation s’empire de jour en jour. La situation aujourd’hui va de mal en pire.

De façon concrète, quelles sont les actions que vous menez sur le terrain pour faire évoluer la situation ?

La tendance s’inverse actuellement parce que le débat se mène, les consciences sont éveillées parce que nous avons pu faire un travail d sensibilisation en un laps de temps assez court au sein des populations notamment avec les jeunes dans les vingt trois régions du Tchad et vous constatez que le discours a évolué. Nous sommes dans une situation où Déby organise les élections et les gagne chaque fois. Nous, nous sommes inscrits dans une logique de la non violence, de la lutte pacifique. Nous nous sommes dits que nous n’accepterons plus encore une rébellion ou un coup d’état militaire pour renverser un régime. Et étant donné que l’actuel président est arrivé à un niveau aujourd’hui où il est incapable de gouverner le Tchad, la seule alternative, c’est que la jeunesse tchadienne, les forces vives de la Nation puissent prendre conscience et prendre leur destin en main par des actions pacifiques pour mettre fin à ce régime. Trop c’est trop, on en a assez, on en a marre et cela ne peut pas continuer de cette manière. Le destin du Tchad est aujourd’hui entre les mains de la jeunesse tchadienne. Et nous l’appelons chaque fois à prendre conscience et à dire non à ce régime despotique.

Un appel en direction des organisations de la Société civile?                                                                                    Nous encourageons toutes les Sociétés civiles en Afrique à s’intégrer de la même manière que les Chefs d’Etats dans l’Union Africaine (UA) qui est devenue un syndicat de Chefs d’Etats qui ne protègent pas les peuples africains, nous demandons donc qu’elles puissent créer une connection entre elles, de travailler ensemble, de partager leurs expériences pour pouvoir créer une bonne Démocratie basée sur la bonne gouvernance, le vrai pouvoir du peuple pour le peuple par le peuple.

                                                                                    Entretien réalisé à Bonn (Allemagne) par Jean-Claude DOSSA

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